La convergence entre la monnaie fiduciaire et la monnaie numérique dans le secteur des services financiers se poursuit : en fin de semaine dernière, Visa, l’un des plus grands processeurs de paiement au monde, a dévoilé une carte de débit qui permet aux utilisateurs de faire des achats avec de l’argent fiduciaire converti à partir d’une cryptomonnaie stockée dans des portefeuilles en ligne. La Coinbase Card est directement liée au solde du compte de cryptomonnaie numérique du titulaire géré par le système de change éponyme. Coinbase permet d’échanger des Bitcoin, des Ethereum, des devises XRP de Ripple et des Litecoin. Et toutes ces monnaies pourront être utilisées avec la carte de débit.

Visa a déclaré que la Coinbase Card permettait aux utilisateurs de « dépenser de la cryptomonnaie aussi facilement que l’argent d’un compte en banque classique » et d’effectuer des retraits d’espèces dans tous les distributeurs automatiques de billets. Dans un premier temps, la cryptomonnaie pourra être convertie en livres sterling, en euros ou en dollars américains. « Les clients peuvent utiliser leur carte dans des millions d’endroits dans le monde et effectuer des paiements par carte à puce sans contact ou avec code PIN », a écrit Zeeshan Feroze, CEO de Coinbase UK, dans un article publié sur la plateforme de blogging Medium. « Quand les clients utilisent leur Coinbase Card, nous convertissons instantanément la cryptomonnaie en monnaie fiduciaire ». Une app mobile Coinbase Card permettra aux consommateurs de consulter l’historique de leurs dépenses, de trouver une copie des reçus de transactions et de recevoir des notifications instantanées.

Rassurer les dépositaires de cryptomonnaies

Visa apporte non seulement une énorme base de commerçants, mais aussi une sécurité de haut niveau, dont une authentification à deux étapes et la possibilité pour les utilisateurs de geler instantanément leur carte si elle est perdue ou volée. « C’est une grande nouvelle. Beaucoup d’entreprises n’ont pas réussi à faire ce que Visa et Coinbase essayent de faire aujourd’hui, et leur réussite n’est pas garantie », a déclaré Avivah Litan, vice-présidente de la recherche chez Gartner. « C’est formidable de voir que Visa s’est engagé dans cette voie. C’est une très bonne nouvelle, parce qu’ils ont l’évolutivité nécessaire pour réussir avec leur réseau de commerçants, mais aussi leur infrastructure réseau et leur capacité à détecter les fraudes ». Deux caractéristiques de la cryptomonnaie font qu’elle coûte plus cher et qu’elle est plus lente à utiliser que la monnaie fiduciaire ou les cartes de crédit classiques : les frais de minage payés à Coinbase pour inciter les mineurs de bitcoins et d’autres cryptomonnaies à confirmer les transactions et le temps de confirmation nécessaire pour autoriser un achat.

La technologie blockchain du grand livre distribuée sur laquelle repose la cryptomonnaie, exige que chaque transaction soit vérifiée par un consensus établi entre les utilisateurs avant d’être finalisée. Actuellement, les frais de transaction bitcoins sont d’environ 2,06 dollars. « Il faut parfois une heure pour que le commerçant sache si la transaction est validée », a expliqué Avivah Litan. Pour accélérer artificiellement la transaction, le processeur de paiement (Visa) donnera probablement une approbation instantanée et assumera la responsabilité si quelque chose ne se passe pas normalement avec la transaction. Même si la vice-présidente de la recherche de Gartner ne pense pas qu’il existe aux États-Unis un véritable marché pour les achats au détail par bitcoin et autres cryptomonnaies, elle estime par contre que la Coinbase Card pourrait être adoptée dans « d’autres types d’économies ». Par exemple, dans certains pays africains, en Chine, en Russie ou au Venezuela, dans des pays où l’inflation est extrêmement élevée, où les consommateurs n’ont pas de compte en banque ou essayent de cacher leurs revenus au fisc. « Je ne minimise pas le besoin d’une monnaie numérique. Si vous regardez des pays comme le Venezuela où l’inflation peut atteindre 100 000 % par an, le bitcoin est vraiment leur seule alternative », a ajouté la vice-présidente. « Et peut-être que Visa se lance justement dans cette aventure pour les micropaiements à faible valeur unitaire ».

Retour aux origines

Succès ou pas, la Coinbase Card incarne vraiment ce pourquoi le bitcoin était prévu à l’origine. Satoshi Nakamoto, pseudonyme de la personne ou du groupe qui a créé le bitcoin, avait conçu la cryptomonnaie comme méthode de paiement électronique et non comme monnaie à échanger en bourse contre sa valeur. « Le commerce en ligne s’appuie presque exclusivement sur les institutions financières qui agissent en tant que tiers de confiance pour traiter les paiements électroniques », avait écrit Satoshi Nakamoto dans un article décrivant le principe du bitcoin. « Or, il faut un système de paiement électronique basé sur la preuve cryptographique plutôt que sur la confiance, de façon à permettre à deux parties consentantes de mener à bien une transaction directement l’une avec l’autre sans avoir besoin d’un tiers de confiance ».

Plus tôt cette année, J.P. Morgan Chase a annoncé son intention de lancer son propre token numérique adossé à une monnaie fiduciaire. Les tests de la nouvelle cryptomonnaie devraient débuter dans les prochains mois. Dans l’industrie de la cryptomonnaie, on désigne un instrument comme le JPM Coin de « stablecoin » parce que sa valeur est intrinsèque, contrairement au Bitcoin ou aux monnaies ETH d’Ethereum, dont la valeur est basée sur l’offre et la demande de monnaie virtuelle. Cependant, quand cette monnaie est liée à une monnaie fiduciaire, une valeur intrinsèque est créée.

Stimuler l’adoption des monnaies virtuelles

Facebook envisagerait également de développer sa propre cryptomonnaie, une initiative qui pourrait rapporter des milliards de dollars au réseau social et contribuerait aussi à supprimer les fausses nouvelles et les robots. Facebook aurait déjà eu des contacts avec des plateformes d’échange de cryptomonnaies pour évoquer la possibilité de vendre sa cryptomonnaie aux consommateurs. Mais certains pensent que le réseau social ne liera pas les paiements à une stricte cryptomonnaie, et qu’il préférera utiliser une monnaie stable adossée au dollar américain et à d’autres devises étrangères. « Tout cela implique que les gens adoptent des portefeuilles virtuels et qu’ils s’intéressent davantage aux cryptomonnaies », a encore expliqué Avivah Litan. « Si davantage de gens acceptent l’idée de la crytomonnaie, cela favorisera l’adoption. Cela pourrait échouer, mais je pense que cela va stimuler l’adoption ».

Article rédigé par
Lucas Mearian, Computerworld (adaptation Jean Elyan)